LA MÉMOIRE DES PIERRES



En parcourant les rues et les chemins de Meillant, ne nous arrive-t-il pas de remarquer, ici ou là, des noms ou des inscriptions gravés dans la pierre, le bois ou le fer ? Certaines remontent à un lointain passé. D'autres nous intriguent. En voici quelques exemples !

AVENUE DE DUN

N° l. La première pierre de l'école :


CETTE PIERRE A ETE
POSEE LE 24 MAI
1848
PAR FOULTIER GILBERT
MAIRE DE MEILLANT

Maréchal-ferrant de son métier, Edouard (*) Foultier ne fut maire qu'une seule année. Révoqué par le Préfet le 16-3-1849, condamné en février 1852 à cinq ans de forteresse en Algérie comme organisateur d'une société secrète complotant contre le Prince- Président Louis Napoléon, il fut ensuite assigné à résidence à Villefranche-sur-Saône.

N°2. Sur la façade de la Mairie :


POSEE LE 14 AOUT 1897
PAR BOUILLON CHARLES
MAIRE


Charles Bouillon fut maire du 15-5-1892 au 20-8-1897. Jusqu'en 1898 la mairie et la poste étaient dans un même bâtiment de l'autre côté de la rue.

N°4. Sur la poutre supérieure du grand portail du presbytère on devine les mots :


FAIT PAR P. BOUBET 1818 FILS C.P.L.


Les Boubet étaient originaires de Parassay, dans l'Indre. Un François Boubet, maçon à Meillant, épousa Anne Bourbon le 18-1-1825 dans notre église. Il y a encore des Boubet à Drevant et à Saint-Amand.

N°6. À mi-hauteur du Bureau de Poste :

POSEE LE 2 OCTOBRE 1913 PAR LOUIS DESFOUGERES MAIRE


Louis Desfougères fut maire du 20-1-1907 au 10-12-1919. En 1880 la municipalité décida de « distraire » une partie de la cour du presbytère pour agrandir la poste. L'affaire mobilisa le curé et son conseil, le sous-préfet, l'archevêque, le préfet et même le Sénat. Au bout de deux ans, à la demande du ministre des cultes, le curé Henri Austrégésile Lesage fut déplacé. La poste fut alors agrandie. Mais son étage ne fut bâti qu'en 1913.


Quelques mètres après la rue des Cas, on lit sur un vieil atelier fermé par des volets de bois :

CETTE PIERRE A ETE POSEE PAR AUGUSTINE MOREAU LE 19...1869


Augustine Moreau était l'épouse de Pierre Feuillatre, serrurier. C'est lui qui, dans cet atelier, fabriqua la grille des fonts baptismaux et celle de l'entrée du choeur de notre église.

N°21. Sur le mur sud de la maison, à hauteur de l'étage et au sommet d'une fenêtre aujourd'hui murée :

1810 A. BOURBON v A%

Probablement pierre de réemploi. À la fin du siècle dernier un André Bourbon, maçon, était encore établi tout près de là. Mais quel est le sens du v et du A% ?

N°42.

Au dessus de la porte : la date 1615 et un blason, dont les figures peintes ne sont certainement pas anciennes. Par contre, dans la cour, la margelle d'un magnifique puits rond, surmonté d'une coupole en pierre et entouré de trois marches circulaires, porte l'inscription :

1644 ANDRE DELAFE Ne.


Les registres paroissiaux de l'époque nous indiquent que, comme son père, André Delafé était greffier et tabellion au Bailliage de Meillant. Le tabellion étant un officier public remplissant les fonctions de notaire dans une juridiction subalterne, André pouvait bien se qualifier du titre de Notaire.

N°48.

Dans la cour de la Baillite, « la grande maison de Me Jehan Ly-bault, bachellier en loyx, procureur du Roy nostre sire à Dun- le-Roy, lieutenant de Charenton, Meillant, Chandeuil et le Pondiz, maistre des eaux et fourests desdicts lyeux et chatlin de Taumerais », mort le 16-5-1530, son blason est sculpté dans la pierre au-dessus de la porte. Ce même blason peut aussi se voir de la rue de la Baillite au dessus d'une des fenêtres des combles de cette même maison.

N° 31. Sur la façade de cet immeuble délabré on peut encore lire :

HOTEL DU CHEVAL BLANC

En 1918, il y avait encore dans le bourg de Meillant six cafés et trois hôtels !

Un peu plus loin, en contrebas de la promenade, dans le lavoir, on peut lire sur une plaque de fonte :


CE LAVOIR A ETE CONSTRUIT EN 1884
SUR LA PROPRIETÉ ET AUX FRAIS DE
MONSIEUR LE COMTE ET MADAME LA COMTESSE
DE MORTEMART


Il s'agit de François Victurnien de Rochechouart, comte puis marquis de Mortemart, et de Virginie de Sainte-Aldegonde son épouse, les arrière-grands-parents de Mr le comte Aimery de Mortemart.

Le terrain où est situé ce lavoir a été pendant des siècles un étang, l'étang du Fondement, alimentant un moulin, puis le haut fourneau du château. Sa chaussée et sa vanne existent encore. Quant le haut fourneau dut fermer, à la fin du siècle dernier, l'étang et une partie des terres qui l'entouraient furent tansformés en potager. Actuellement, la toiture du lavoir est en cours de restauration.

À l'angle de l'avenue de Dun et de la rue du Cluseau, la croix du Cartaupin, qui existait déjà à la fin du moyen-âge, a été refaite (il y a quelques dizaines d'années) par Mr SAVIO. Autrefois on parlait du Quart-au-Pin.

LA RUE DES CHAUMES

Au dos de la croix on lit les mots:


ANNO 1834 O CRUX AVE


ce qui veut dire : En l'an 1834 (date de l'érection de la croix),
Croix, je te salue !
(premiers mots de la 6e strophe de l'hymne Vexilla Regis, composé à Poitiers par Venance Fortunat au VIe siècle de notre ère). Cet hymne se chante encore en bien des églises et les prêtres le récitent au bréviaire pendant la semaine sainte.

LA RUE SAINTE CATHERINE

N°18. Dans le jardin, sur une pierre d'angle de la maison, sont les mots :

A … LE 4 OCTOBRE DE 1616 M.L. DE LA PORTE CURE A FAIT FAIRE CETTE PORTE


C'est une pierre de réemploi, provenant de l'enclos du jardin de la cure qui se trouvait tout près de là. Le curé écrivit son nom au dos de la porte de la sacristie de l'église :

M.L. DELAPORTE CURE 1605

et trois siècles plus tard un autre curé y joignit le sien :

M.J.CHAPON CURE 1905



LA PLACE DU PAVÉ

N°4. À l'angle de la salle où se tient aujourd'hui (en 1995... « La Brocante ») ... en 2019 : « La Cour des Thés », excellent et sympathique accueil par Sandrine Bonnin, ... on lit :


LA PREMIERE PIERRE A ETE
POSEE PAR MADEMOISELLE
ALIX DE MORTEMART
LE 8 SEPTEMBRE
1887


Cette salle est dans l'enclos de l'ancien hopital moyenâgeux, entièrement rebati en 1864 par Armand-Joseph de Béthune-Charost. Fermé à la révolution, puis transformé en école vers le milieu du siècle dernier, cette salle de classe lui fut ajoutée en 1887. La demoiselle Alix de Mortemart est très probablement la plus jeune fille du comte et de la comtesse qui bâtirent en 1884 le lavoir mentionné précédemment.

N°14.

Au dessus de la porte de la maison à tourelle se trouve un écusson. Les figures en sont effacées. Seules se distinguent les lettres : C.G.P. et B. et la date 1582. Voilà du travail pour les chercheurs !

N°22.

La Maréchalerie : c'est là que vivait et travaillait le maire Edouard Foultier et sa famille. Dans le dallage du sous-sol de la maison voisine une pierre gravée a été incorporée :

CET ARBRE A ETE PLANTE EN L'HONNEUR DE LA REPUBLIQUE DE 1848 PAR LES CITOYENS DE MEILLANT

Cette pierre se trouvait jadis au pied de l'arbre de la Liberté, rue Sainte-Catherine, juste au dessous de la fontaine. L'arbre brula, accidentellement dit-on, il y a une vingtaine d'années, une nuit où les conscrits étaient en fête.

LA RUE DE SAINT RHOMBLE

N°1. À droite de la porte du café-tabac :

CETTE PIERRE A ETE POSEE PAR MLLE JOSEPHINE ROGNIER LE 20 JUIN 1861


Née le 12-6-1853, elle était la fille de Nicolas-Joseph Rognier, garde forestier et d'Elise Agard, qui s'étaient mariés à Meillant le 10-11-1846, et la petite fille de Guillaume Rognier et de Marie Martinat.

En face, au chevet de l'église, la croix de fer qui jusqu'en 1877 surmontait le petit clocher situé au dessus de la croisée des transepts nous apprend que :


CET CROIT AN 1813 A ETE DONE P.M. BONNICHON ET FAIT P.J.FOULITIE


Siméon Bonnichon,commis au fourneau et capitaine de la garde nationale de Meillant, avait, pendant la révolution, fait abattre les croix, briser les statues et vendre le mobilier de l'église. De 1805 à 1841 il fit partie du conseil de la paroisse. Il était également franc-maçon de la loge de l'amitié à Saint-Amand. Jean Foultier, qui fit la croix, était le père d'Edouard Foultier mentionné plus haut.

Sur la place de l'église, la pierre tombale de Claude-Estienne Lerasle, curé de Meillant de 1752 à 1768. Facile à déchiffrer, elle mérite qu'on l'examine en détail :


Dans le cimetière : La croix centrale, élevée en 1780, brisée à la révolution, puis relevée. Le sigle usuel : I.H.S.(Jésus Sauveur des Hommes) est gravé à l'envers :

S.H.I.

Au pied de la croix se voit une inscription mystérieuse :

IANUETEGA


(Nota : à moins que les pierres n'aient été reposées à l'envers ?)

Sous la croix une pierre tombale :

CY GIT DAMME MARIE G. DUVALE VEUVE DE DEFUND MICHEL COCHE DAUMOND EN CIEN REGISEURE ET CONCIERGE DU CHATEAU DE MEILLANT MORT AGE DE .. ANS EST DECEDEE LE 1 MAY 1771
PRIES DIEU POUR SON AME.

Chose curieuse, après la mort de son mari elle avait épousé en secondes noces, le 7-4-1750, Me Charles Lambert, commis au fourneau de Meillant, veuf de Marie Regnaud. Il n'est pas mentionné sur la pierre.

N°23, rue de Saint-Rhomble :


J'AI ETE POSEE LE 1er JUIN 1886 PAR CAMILLE DESFOUGERES A L'AGE DE 2 ANS.


Camille Edme Laure Desfougères, née le 11-1-1884, était fille de Louis Desfougères et de Magdelaine Martin. Elle épousa François Nadaud de Saulzais le 30-8-1894. C'est la tante de Mme Paris, propriétaire actuelle de cette maison.

RUE DU PARC. Sur la croix :


1810 BARTELLEMY NAMOUROUX


Barthélémy, né en 1795, mort le 9-10-1845, était fils de Jean Namouroux et d'Anne Taillandier. Il épousa Marie Gesset dont il eut quatre enfants. Il possédait, entre autres choses: trois maisons et trois étables y attenant, le champ des pierres, une chenevière de 18 ares... Il fut adjoint au maire.

N°9. Dans la murette :


CO.G 303 INF USA AUG 1918


(Compagnie G, 303eme Régiment d'Infanterie Américaine, Août 1918).

Le Q.G. du régiment était à la mairie de Meillant; le 1er bataillon et les compagnies A.F. étaient à La Celle et à Bruère ; Le 3e bataillon était à Uzay.

AVENUE DE SAINT-AMAND

Au pied du château d'eau : la splendide croix des Larmes. Elle fut élevée par « Mr. Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart, Duc de Mortemart, Général de Division, grand-Croix de la Légion d'honneur, Chevalier des Ordres du Roi et de Saint-Louis, Chevalier de Saint-André de Russie, Grand d'Espagne de première classe, ancien Pair de France, ancien Ambassadeur en Russie, etc... » et par son épouse, pour perpétuer le souvenir de leur fille ainée, Alice de Mortemart, épouse du comte Edmond-Albert de Sainte-Aldegonde, morte en 1867. Âgés respectivement de 86 et 81 ans, ils ne purent assister à la bénédiction de cette croix qui eut lieu le 24 septembre 1873.

ROUTE DE SAINT-AMAND

Au Grand-Rond, 1 km. avant la vieille côte, 50m. à gauche de la route, la croix Duchet :

CETTE CROIX A ETE REPAUZEE PAR ALEXANDRE DUCHET DE L'IMAGE DE ST. AMAN L'AN 1804.


Alexandre Duchet, fils de J.B. Duchet et de Rose Doyat, naquit vers 1746 à Saint-Amand et y mourut le 27 août 1825. Il possédait l'Hôtel de la Poste, qui s'appelait alors : Hôtel de L'Image, car son enseigne portait d'un coté l'image de la Vierge. La croix ayant été abattue sous la révolution, il la fit « re-pauser » à sa place originelle en haut de la vieille côte. C'est assez récemment qu'elle fut transportée à son emplacement actuel.

AU GRAND SARZAY

La grande croix du carrefour porte les mots :

1645 JACQUES DUCHASSIN

Les Duchassin, vieille famille meillantaise ! En 1503, Philippe Duchassin vend des droits à Charles d'Amboise. En 1552, Jean Duchassin, sieur de Champange, s'associe avec deux marchands de Bourges et un de Dun pour exploiter cent-dix arpents de haute futaie dans la forêt de Meillant. En 1619, Christophe Duchassin obtient le contrat d'entretenir régulièrement les murs du prieuré Sainte-Catherine. Jacques Duchassin fils dudit Christophe et de Silvine Durand a pour parrain Maitre Jacques Hertaud « huissier pour tout le royaume de France », et pour marraine Anthoinette Martinat.

À 300 mètres de là, avant le croisement de la route allant du Grand Sarzay au château d'eau et du chemin menant de l'élevage de chèvres au Petit Sarzay, on peut voir la

CROIX BOUCHANDON


Elle ne porte ni date ni inscription, pourtant elle perpétue le souvenir de Marie Bouchandon, épouse de Pierre Noyer, boulanger à Uzay. Née à La Celle le 10-2-1838, elle mourut à Meillant le 28-1-1898. C'est l'arrière-grand-mère d'André Chamaillard.

À SAINT RHOMBLE

Les deux croix Justier. L'une est sur la façade de la maison de Mme Jacquin, rue des Champs Lignés, et porte les mots :

1765 G. IVTIER


L'autre est rue de La Celle Bruère, sur le mur du domaine et en face de la rue de la Fontaine. On y voit :

ISHS G.IVTIE 1769
et un cœur


Un Gilbert Juthier, journalier à Saint-Rhomble épousa Jeanne Doucet en 1765. Ils eurent un enfant en octobre 1766. Hélas, Gilbert Juthier mourut le 31-10-1769, âgé seulement de 28 ans, et fut inhumé le lendemain au cimetière de Saint-Rhomble. Ces deux croix ne rappelleraient-elles pas, l'une son mariage, l'autre sa mort ?

L'ÉTANG DE LA GRILLE


L'étang de la Grille,
randonnée pédestre du 11 mars 2018,
organisée par le comité des fêtes de Meillant

Une pierre de sa chaussée porte les mots :


I AY ETE CONSTRUIT
EN 1758 PAR ORDRE
DE MONSEIGNEUR LE
DUC DE BETHUNE
CHAROST PAIR DE
FRANCE

inscription qui se termine par une étoile à cinq branches. Il s'agit de Paul-François de Béthune, Pair de France, Chevalier des Ordres du Roi, marquis d'Ancenis. Le 13 avril 1709 il avait épousé Julie Christine Régine Gorge d'Entraygues. En 1724, il était devenu duc de Charost, Mareuil et La Croisette, et en 1732 seigneur de Meillant, Charenton, Chandeuil et Le Pondiz. Il mourut en 1759. C'est le grand-père de François-Joseph de Béthune-Charost qui est inhumé dans la chapelle du château de Meillant.

L'ÉTANG DE LA CHAUDIÈRE


L'étang de la Chaudière,
randonnée pédestre du 11 mars 2018,
organisée par le comité des fêtes de Meillant

Comme le précédent, cet étang est dans les bois de Meillant. Sur une pierre de sa chaussée, tout près de la vanne, un poème est gravé :

À MONSEIGNEUR LE DUC DE CHAROST

JE SUIS BEL ET BIEN FAIT
J'AI DES APPAS QUE BIEN D'AUTRES NON PAS
JE SUIS LA RESSOURCE
POUR BIEN REMPLIR LA BOURSE
NON PAS PAR LE POISSON
MAIS BIEN PAR UNE AUTRE RAISON
1755

RESTAURE PAR MONSIEUR LE DUC DE MORTEMART EN 1867
V. THIL FECIT



Le Mr. Thil qui a restauré cette plaque est l'artiste tailleur de pierres qui a sculpté les fonts baptimaux de l'église, un meillantais bien sur !

Sans parler de l'église et du château, il y a certainement d'autres inscriptions à Meillant. À vous de les chercher et de les déchiffrer.

Le 21-12-1995 René Challet


Si vous découvrez des fautes de frappe et d'ortographe dans cette notice, vous remarquerez qu'autrefois on pouvait être un bon ouvrier tout en étant illettré.






















*
Le Père Challet a écrit Edouard, mais sur la pierre est gravé Gilbert, est-ce un 2nd prénom ? à vérifier.