APPENDICE
ACTE DE NAISSANCE DE RENÉ DE GIRARDIN
Paroisse Saint-Eustache -Extrait du registre des actes de naissance de l'an 1735.
Le vendredi vingt-cinq février mil sept cent trente cinq fut baptisé René Louis, né d'aujourd'huy, fils de messire Louis Alexandre Girardin de Vauvré, chevalier, conseiller du Roy en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, et de dame Anne Catherine Hatte, son épouse, demeurants rue de Richelieu. Le parain (sic) Messire René Hatte, conseiller du Roy en ses conseils, secrétaire du Roy et greffier en ses conseils d'État et privé, la maraine (sic) dame Louise Bellinzany, veuve de messire Jean Louis Girardin de Vauvré, conseiller d'Etat.
Signé : Bellinzany de Vauvré, Hatte, Girardin de Vauvré.
Inventaire des Registres de l'état civil de Lunéville (1562-1792), par le lieutenant Ch. Denis.
Nancy. Imp. Berger, Levrault et Cie 1899, série G. G., section 2, n° 51.1761 - 20 avril - Mar. de Messire René Louis, chevalier ci-devant capitaine de Dragons dans le Rgt Royal, l'un des chefs de brigade des gardes du corps du roi de Pologne, fils de Messire Louis Alexandre de Girardin de Vauvré, chevalier sgr. de la Cour des Bois et autres lieux ; conseiller du Roi en ses conseils, et maître des requêtes honoraire de son hôtel et de dame Catherine Hatte, de la paroisse Ste Marie-du-Temple de Paris à cause de la résidence paternelle, et de celle de Clichy la Garenne à cause de sa résidence personnelle, avec delle Brigitte, Adélaïde, Cécile, fille mineure de messire François Berthelot, chevalier, baron de Baye, maréchal des camps et armées du Roi T. C, commandeur de St Louis, capitaine commandant les deux compagnies de gentilshommes, cadets du roi, grand bailli d'épée au bailliage royal de St-Dié, et de dame Elizabeth Riault de Curzay. Ben. nupt. donnée par messire Pierre de Lattaignant, prêtre du diocèse de Paris, conseiller-clerc au Parlement dudit Paris, en présence du roi Stanislas Leczinski, des seigneurs et dame de sa cour qui ont signé avec les conjoints.
Lettre sur le résultat de l'enquête sur les illuminés d'Ermenonville. Paris, 6 juin 1785.
Au Marquis de Girardin.
J'ai eu connaissance, monsieur, de tous les propos qu'on a répandus sur la société d'Ermenonville, et quoiqu'à la manière dont on les a fait circuler, et aux circonstances dont on a affecté de les accompagner, on ait bientôt dû n'y apercevoir que des récits fabuleux et supposés, néanmoins, j'ai cherché à en approfondir le fondement et la cause avec toute l'exactitude qui m'a été prescrite. Les recherches que j'ai fait faire, à ce sujet, tant à Paris qu'à Ermenonville m'ont fait bientôt reconnaître, qu'il n'y avait que de la calomnie dans ces bruits, auxquels, un événement qui ne pouvait avoir aucun trait à la société d'Ermenonville, a donné lieu. Si des rapports, quoique hazardés par des esprits méchants, ont été distribués dans des cercles et dans quelques papiers publics, bientôt l'invraisemblance suivie de la conviction a dissipé l'illusion. J'ai vu par les informations les plus scrupuleuses qu'il n'existait dans la société d'Ermenonville, qu'une décente et honnête réunion de deux familles et de quelques amis, composée de personnes respectables par leur âge, leur mérite, et leurs qualités. S'il pouvait exister encore dans quelques esprits l'impression de ces propos incroyables, par leur nature et par leur absurdité, je vous livre monsieur pour les combattre et pour les repousser, l'opinion de beaucoup de personnes plus justes et mieux estimées. J'y joindrai comme bien instruit le sentiment dont m'a pénétré le résultat des recherches que j'ai fait faire : j'aurais voulu, en reconnaissant l'absurdité et la méchanceté de ces faux bruits, pouvoir parvenir à en découvrir les auteurs, mais les méchants se plaisent à faire le mal dans les ténèbres. Cette réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire est le témoignage de la vérité ; je me suis fait un devoir de vous le rendre, quoiqu'il n'en soit plus besoin aujourd'hui que l'erreur est dissipée. Je le reporte à votre société comme à vous-même, mais je dois vous prier de ne lui pas donner une authenticité et une publicité qui ne sont plus nécessaires et qui pourraient donner un nouvel essor à la calomnie. J'ai l'honneur d'être avec un respectueux attachement, etc.
Signature illisible.
L'auteur de cette lettre est évidemment un personnage public chargé de l'enquête.
Mandat d'arrestation de la marquise de Girardin 3 septembre 1793.
Département de l'Oise district et commune de Senlis, du 4e jour de sanculottide,
an second de la république, une, indivisible et impérissable.
Comité de surveillance révolutionnaire de la commune de Senlis.
LIBERTÉ ÉGALITÉMotifs d'arrestation de Cécile Berthelot, dame René Girardin (détenue à Ermenonville, le 3 septembre 1793 en vertu d'un arrêté d'Isorée et Collot-Derbois, représentant du peuple, dans le département de l'Oise et Laine (sic). Ses liaisons sont avec ses enfants et avec leur famille et ne lui connaissent aucun civisme (sic).
Signé : LABAIDE, Président; DESROYNES, Secrétaire.
Certificat de résidence à Vernouillet 8 germinal, an III.
Nous soussignés, maire et officiers municipaux, agent national des membres du conseil général de la commune de Vernouillet, sur l'attestation des citoyens : Hélien Aubrun, Jean-Baptiste Bourson et François Métivier, tous domiciliés dans cette commune, que le Citoyen René Louis Girardin père, âgé de cinquante neuf ans, vivant de son bien, de la taille de cinq pieds quatre pouces, cheveux, sourcils et yeux bruns, nez long, bouche et menton ordinaire, front moyen et visage oval (sic), réside sans interruption en cette commune, maison appartenant au citoyen Tautest, depuis le quartidy complémentaire deuxième année jusqu'à ce jour. Fait en la maison commune, le huit germinal an troisième de la République en présence du certifié, etc.
Acte de Décès de R. L. Girardin. Du mardi 20 sept. l'an 1808
- acte de décès de René Louis Girardin, ancien brigadier des armées du Roy, âgé de soixante treize ans révolus né à Paris, 24 février 1735 propriétaire domicilié en ce lieu, décédé ce jourd'huy à 6 heures du matin en cette commune, fils de Louis Alexandre Girardin de Vauvré et d'Anne Catherine Hatte son épouse, époux de Brigitte Adélaïde Berthelot de Baye survivante. Sur la déclaration à moi faite par Messieurs Alexandre François Louis de Girardin, âgé de quarante et un ans, membre du corps législatif, domicilié à Ermenonville département de l'Oise, fils du défunt, et Anne Nicolas Doublet de Persan, âgé de cinquante quatre ans propriétaire domicilié en ce lieu, ami du défunt et ont signé.
Constaté par moi Louis François Berson, maire de Vernouillet, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil, soussigné : A. Doublet de Persan. L. de Girardin. L. Berson, Maire.
LE JEUNE INCONNU (1)
Une curieuse aventure d'Ermenonville, un des coins romanesques de ses jardins pouvaient être difficilement mentionnés dans les chapitres du présent livre. C'est l'histoire d'un jeune homme qui, le 2 juin 1791 se tua, " nouveau Werther ", dans la prairie Arcadienne. Sous le feuillage épais, près des ruines de l'Ermitage, les vieilles pierres de sa tombe ont été relevées, il y a quelques années.
Voici exactement son épitaphe aussi sentimentale que rustique :
L'amoure (sic), je le sens,
A fait ton malheur,
On ne tient plus à vie
Quand on a plus… 1791.Nous donnons les documents originaux sur cette triste aventure, qui fit tant broder certaines imaginations. On vit en ce jeune homme un fils de Rousseau ; il parut sur lui un roman à Berlin, etc... (2)
Extrait du registre du greffe de la municipalité d'Ermenonville.
L'an mil sept cent quatre vingt-onze le vendredi 3 juin avant midi.À la voix publique, qu'il y avait un cadavre gisant lieu dit la grotte de verdure, Reserve de ce lieu d'Ermenonville.
Nous officiers municipaux, etc.… sommes transportés tous au dit lieu, ou nous avons trouvé ledit cadavre, de figure d'homme, de l'âge d'environ trente ans, cheveux châtain, court, plat [sic), habit bleu de drap, gilet de drap gris, boutons d'acier guioché, culotte de drap uni de même couleur sans doublure, un canneçon de toille, paire de bas de coton, bottes molles, un mauvais chapeau rond, chemise de toille, boutons à manches montés en argent, boucles à jarretières d'acier, lequel cadavre nous a paru être de six pieds de haut, étendu les jambes croisées... ayant un pistolet anglais à pompe de cuivre... non chargé ; une badine de jond (sic) marin à petite pomme d'ivoire à côté dudit cadavre. Sous sa tête sur ledit gazon s'est trouvé une balle de plomb du calibre dudit pistolet ; dans la poche de son habit s'est trouvé un écritoire de corne, deux plumes et un canif dedans, une paire de gands (sic) mauvais, de peaux de mouton couleur carmelitte (sic) dans les poches de la veste s'est trouvé un couteau, un moule de fer servant à faire des balles de plomb, une tabatière d'écaillé fondue, paysage en médaillon, dans les goucets de la culotte... une lettre cachetée pour M. de Girardin...
(Enquête, autopsie, exposition du cadavre le 4 juin, sans résultat pour découvrir son identité.)
Le lundi 6 juin il est procédé par les officiers municipaux, conformément au désir exprimé dans un papier trouvé dans les poches du jeune homme, à la distribution de ses effets à deux vieillards : Nicolas Briot, Jean Charles Riché.
Ensuite la teneur de la dite lettre adressée à M. de Girardin. 2 juin 1791.
MonsieurIl m'est impossible de vous dire tout à fait le sujet de ma mort ; d'ailleurs je ne le pourrais pas. Je suis dans un état trop violent pour être précis et supporter la méditation. Ainsi donc je vous supplie, au nom de ce qui est le plus cher à votre cœur, de me faire enterrer sous quelque épais feuillage, dans un de vos admirables jardins. Gardez-vous bien de croire, monsieur, que le motif qui m'a porté à cet attentat, soit une suite de vols, de brigandages, de noirceurs ; car de pareilles actions furent de tous temps détestées de mon cœur, et n'entrèrent jamais dans mes principes. On trouvera cette malheureuse victime de l'amour et d'une extrême sensibilité, aux environs de cette île si chérie des âmes sensibles où repose le célèbre Rousseau, etc.…
Je suis d'une naissance la plus obscure, je ne sais rien, je ne fus rien que trompé, trahi de toutes parts. Devenu misanthrope depuis fort longtemps, j'étais comme un fou qui boude contre le genre humain, sans cependant cesser d'être bon dans l'âme, ni d'observer les règles des honnêtes bienséances. J'ose dire même à haute voix, mètre toujours conduit parmi les hommes suivant la marche de l'honneur. Je n'étais d'aucun pays, toutes les nations m'étaient indifférentes, j'errais en vrai cosmopolite sur ce vaste univers. Partout où je voyais la belle nature, des bois, des coteaux, de belles prairies, je me trouvais chez moi parmi mes amis.
Vous me demandez, monsieur, de quelle religion j'étais. Voici : d'aucune ; j'estime le but de toutes, mais d'une manière bien différente de celle des hommes.
Je vous prie, monsieur, ne refusez pas une sépulture aux lieux que vous demande un malheureux rêveur mélancolique, qui peut-être n'aurait pas été indigne de votre grand cœur, s'il avait eu l'honneur d'être connu de vous...
Ne me jugez pas trop sévèrement... etc.
(Sur l'enveloppe) : Je prie au nom du ciel, tous ceux à qui cette lettre tombera entre les mains, de la faire tenir le plus tôt possible à Monsieur le marquis de Girardin...
Hommes ignorants et à préventions, écartez-vous de ce spectacle, ce n'est pas vous à qui je m'adresse, c'est à un sage qui connaît les passions des hommes et les différentes positions du cœur humain. C'est ce grand homme, s'il se trouve que je prie on ne peut pas davantage ; que mon corps ne soit pas enterré avant que M. le marquis de Girardin ait pris la lecture de cette lettre.
Délivré conforme à l'original.
Nicolas Harlet, greffier.NOTE
Frais funéraires d'un homme inconnu.......................................... 6 livres.
Visite de chirurgien..................................................................... 3 -
Fossoyeur.................................................................................. 6 -
Pour porter aider et remplir la fosse............................................. 6 -
Bierre pour façon seulement ....................................................... 3 -
Au sieur Berisset pour deux journées de nourriture du déffunct..... 6 -
..................................................................................................27 livres.
Du 6 juin délivré le contenu du présent mémoire, N.HARLET.
Tous ces documents communiqués par le marquis de Girardin.
Ermenonville et Gérard de Nerval.
Jusqu'à nos jours pendant tout le XIX° siècle, les charmantes créations rustiques, de la fin du XVIII° siècle, où se reflétaient si bien la finesse du goût, les puérilités, l'âme troublée et le romantisme de toute cette génération ont trouvé peu d'admirateurs. Les hommes de l'école d'Alphand, les lecteurs de Charles Blanc méprisaient cet art délicat, et ne savaient voir que les plus médiocres côtés : les enfantillages des fabriques et des inscriptions.
Un des plus délicats parmi les romantiques comprit, il y a longtemps, le charme d'Ermenonville. Elevé dans le petit village de Montagny, ayant parcouru tous les environs, et placé dans les jolis sites de l'île de France des romans, où il reste un peu de l'âme de Greuze et de Rousseau, il a laissé sur Ermenonville et les souvenirs de René de Girardin une ou deux pages exquises, pénétrées du sentiment le plus délicat de ce passé; ses notes, dans Sylvie, sur le rond-point de la danse, le temple de la Philosophie, et le tombeau de Rousseau resteront la meilleure littérature sur mon petit village. Ermenonville fut donc à la fois la terre d'élection du classicisme finissant, des admirateurs de Virgile, de Théocrite, du Poussin et du Lorrain, et en même temps il flotte encore sur les paysages créés par Girardin, les plus pénétrants souvenirs de l'âme romantique, les souvenirs du vieux Jean-Jacques et du jeune Gérard de Nerval.
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(Voir sur ce sujet : Grand-Carteret, J.-J.
Rousseau jugé par les Français d'aujourd'hui, Paris, 1890, in-8°.) (Retour
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Note A-2
(Voir à ce sujet le livre de M. Grand-Carteret.) (Retour
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