Avant-propos
J'ai pu faire le travail qu'on va lire grâce aux riches archives de la famille de Girardin, qui m'ont été ouvertes avec une confiance et une amitié parfaites en souvenir des relations anciennes du marquis Ernest de Girardin et de sa famille avec mes parents, en souvenir aussi des services rendus au village d'Ermenonville par mon père comme maire pendant quarante ans. Je tiens donc à remercier le chef actuel de la famille le marquis Fernand de Girardin et son cousin le vicomte de Vaulogé. Ce dernier m'a très aimablement communiqué ses documents hérités du comte Louis de Girardin marquis de Brégy.Je rends hommage aussi à Mme la duchesse de Doudeauville (1) qui s'intéresse avec un goût si vif et si éclairé au passé du beau domaine où s'écoula son enfance sans oublier les princes Constantin et Léon Radziwill, qui très épris des beautés qui leur appartiennent, achèveront de restaurer à Ermenonville toutes les grâces et le pittoresque du XVIII° siècle.
Ainsi le présent s'unira harmonieusement au passé. « Cultivons notre jardin, » disait Candide. Est-il, en effet, passe-temps plus doux que de suivre les conseils de René de Girardin et de continuer son œuvre, de parer la nature agreste qui nous environne comme le berger de Gessner tressait des guirlandes pour sa Chloé.
Je tiens aussi au début de cette étude à supplier humblement MM. les membres de l'Institut de France, qui ont hérité de Mme Edouard André de la partie la plus romantique des jardins d'Ermenonville, « le Désert », de rendre aux paysages historiques, où rêva Rousseau, leur caractère, leur beauté, qui charmaient le vieux philosophe. Qu'il soit permis d'espérer, que, dans ce « Désert » (on ne sait pourquoi négligé par Mme André dont le goût fut par ailleurs si judicieux), les étangs redeviennent de beaux miroirs calmes, les chaos de grès dominent de larges points de vue et que les affreux murs mutilant la pittoresque campagne, viennent à disparaître.
CE
QU'ON DISAIT
DANS LES JARDINS D'ERMENONVILLE
AU PRINTEMPS DE 1780
Marquise, allons cueillir des roses;
Donnez-moi votre blanche main.
Allons voir le réveil des choses ;
Le printemps rit en ce chemin.
Nos fleurs, peut-être, sont écloses ;
Donnez-moi votre blanche main.
Longeons
ce clair ruisseau ; nous verrons ses Naïades,
Et si Pan joue encor sur son gai chalumeau,
Si Vénus vient laver ses mains à nos cascades.
Voyons les laboureurs du champêtre hameau.
Asseyons-nous
au banc des " Mères de famille ",
Allons rêver tout près des mânes de Rousseau.
Prenons dans nos filets la carpe qui frétille,
La truite qui se joue au cristal du ruisseau.
Dans
ces jardins, madame, il est un ermitage :
Allons donc y railler la superstition ;
Je couvrirai d'un froc votre charmant visage
Et nous rirons ensemble en rustique maison
Venez,
si m'en croyez, venez, chère marquise ;
Venez voir ces prés verts, ces champs Elyséens ;
Et nous rendrons nos sens à Nature qui grise.
La Science et l'Amour seront nos entretiens.
Allons sacrifier dans le temple rustique,
Je deviendrai Daphnis et vous serez Chloé ;
Et puis nous danserons auprès d'un chêne antique,
Nous couronnant de pampre et criant : Evohé !
Hier
un sage vous dit les lois de l'Univers,
Comment la foudre aussi pouvait être écartée ;
Moi Madame, aujourd'hui, je vous dirai des vers
Et comment Flore fut par le Zéphyr aimée.
Marquise,
allons cueillir des roses.
Donnez-moi votre blanche main.
Allons voir le réveil des choses,
Le printemps rit en ce chemin.
Nos fleurs, peut-être, sont écloses ;
Donnez-moi votre blanche main.
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Note
(Louise Radziwill, 1877-1942, épouse d’Armand de La Rochefoucauld,
duc de Doudeauville 1870-1963 est la fille du prince Constantin Radziwill (1850-1920)
et de la princesse Louise (née Blanc 1854-1911) ; la duchesse de Doudeauville
est la soeur du prince Léon Radziwill né à Ermenonville en 1880, +1927).
Les Radziwill ont acquis Ermenonville en 1880. La mort du prince Léon Radziwill
(sans postérité) est le signal de l'éclatement du domaine d'Ermenonville.(Retour au texte)