LES GRANDS VENEURS DE L'ÉPOQUE
SOUVENIRS DE CHASSE
PAR P. BARREYRE
(Extraits)

LE SANGLIER

LE CHÂTEAU
ET
LA FORÊT
DE
MEILLANT
suivi de
BABILLOT




Inspiré par un sentiment d'amitié et de dévouement pour les fils de bons et braves camarades en Saint-Hubert,


Musée de la chasse et de la nature, Paris

j'ai cru devoir faire le récit des chasses les plus instructives et les plus intéressantes auxquelles j'ai assisté depuis ma jeunesse, avec l'espoir que mes jeunes amis trouveront dans la lecture de cet ouvrage des renseignements utiles, sur les conditions dans lesquelles la chasse à courre doit se faire, le moyen certain de forcer et prendre les fauves, les bêtes noires, les louveteaux et les louvarts et de détruire les grands loups lorsqu'on ne tient pas à les chasser.

Les chiens qui conviennent le mieux pour courre le cerf, le sanglier, le lièvre. Tous mes enseignements sont appuyés sur des faits précis et incontestables. Toutes les anecdotes que je raconte sont historiques. Le plus grand nombre des chasseurs et des veneurs qui en ont été témoins existent, grâce à Dieu, et pourraient au besoin en certifier l'authenticité. Je décris la vie du chasseur, les circonstances et épreuves qu'il rencontre dans le cours de ses exercices cynégétiques. Je lui indique les moyens de combattre et surmonter les difficultés qui peuvent se rencontrer sur son passage.

Je recommande tout particulièrement la lecture du chapitre des arrêts et jurisprudence, attendu que le veneur se trouve souvent et par la force des choses dans des positions difficiles, et qu'il s'agit de faire concorder le feu de la passion et de l'entraînement avec le respect dû à la propriété, aussi faut-il étudier les questions dans lesquelles le veneur peut se trouver et s'armer d'une résolution, héroïque, celle de se maîtriser pour ne pas s'exposer à des ennuis et désagréments très grands.

Je termine, en exprimant mes regrets de ne pouvoir dire un mot agréable à l'adresse des dames chasseresses, mais, sauvage par nature, comme un véritable solitaire, je ne saurais traiter avec l'esprit qui convient ce charmant sujet, qui, tant de fois, a incendié mon coeur et mon âme !... Aussi demanderai-je trêve pour les rêves insensés que la vue de Flore et de Diane a toujours produit sur mon ardente imagination et qui serait capable, encore, de m'empêcher, sur mes vieux jours, dans ma retraite, de faire paisiblement mon salut....

Aussi reviens-je à mes chers toutous...

Ô Vloo, ô Vloo !
Bou-Amaga !
À la voie ! À la voie !
Écoute à Moustapha !




LE CHÂTEAU DE MEILLANT


Le château de Meillant, situé à huit kilomètres de Saint-Amand-Montrond (Cher) est un des plus beaux édifices qui existent en France.
Il est orné de nombreuses sculptures, représentant des montagnes embrasées, Chauds-Monts,

armes parlantes des propriétaires et des Chauds-Monts entrelacés.

L'origine de Meillant se perd dans la nuit des temps. Cependant il est naturel de croire qu'après la conquête des Gaules, les Romains qui occupaient un poste important à Châteaumeillant, ancien oppidum Romain, à dix lieues de Meillant, pour surveiller la fabrication de fers, établirent à Meillant un corps de garde, dont on a retrouvé les ruines ; ce détachement tira son nom de ce même Châteaumeillant.


Musée de la chasse et de la nature, Paris

Les forges à bras dont on voit encore les traces tout à l'entour confirment cette tradition. Lorsque les Francs chassèrent les Romains, un de leurs chefs vint probablement établir sur ce même port romain un fief, qui progressivement devint forteresse, château féodal : ce qui en fait foi, c'est une pierre retrouvée en 1842 dans la démolition d'une vieille tour appartenant à la forteresse. Cette pierre portait l'inscription suivante : « restauration de Meillant en 1127. »

Au commencement du onzième siècle, Meillant se montre à nous comme une seigneurie importante, faisant partie de l'apanage d'une branche cadette de la puissante maison de Déols. La principauté de Déols, à cette époque, embrassait presque tout le Bas-Berry. Cette branche cadette prit le titre de seigneur de Charenton. Il est donc établi que la restauration, en 1127, se fit par les ordres du seigneur de Charenton. Ebbes, cinquième du nom, seigneur de Charenton, fonda l'abbaye de Noirlac en 1136.

Une chronique du temps dit que Saint-Bernard, en venant visiter le monastère naissant de Noirlac, habita quelques jours un château du voisinage, Meillant, qui faisait partie de la seigneurie de Charenton. Cette chronique ajoute que lorsque les moines de Noirlac avaient épuisé leurs provisions, ils envoyaient au château de Meillant un sac vide avec une bande de parchemins sur laquelle on lisait : Patres de Domino Dei agent pane. Les pères de la Maison-Dieu (ancien nom de l'abbaye de Noirlac) manquent de pain.


Musée de la chasse et de la nature, Paris

Marie, Dame de Charenton, fille d'Ebbes, sixième du nom, seigneur de Charenton et de Guibarges de Bourbon, devint leur unique héritière par la mort de son frère Ebbes, septième du nom qui se noya dans le lac de Noirlac. Elle épousa vers 1200 Guillaume, premier du nom, comte de Sancerre, de la branche cadette de la maison souveraine de Champagne, qui y resta 210 ans. Ce fut sous Etienne, deuxième du nom, comte de Sancerre, que la partie gothique du château, la tour des Cerfs, celle des cuisines, furent commencées en 1284. Après sa mort, Jean II, comte de Sancerre, frère et héritier du précédent, accorda à la veuve d'Etienne II, en 1306, pour son douaire, la jouissance des châteaux et terres de Meillant, Charenton, du Pondy, à la charge par elle, de parfaire les bâtiments qu'Etienne II, son mari, avait commencés à Meillant...

À défaut d'héritiers mâles, Marguerite de Sancerre devint unique héritière de sa maison. Elle épousa Béraud, deuxième du nom, dauphin d'Auvergne ; de cette maison naquit seulement une fille, Marguerite d'Auvergne ; cette dernière épousa Jean, sire de Bueil. Comme sa mère et sa grand-mère, la dame de Bueil, n'eut qu'une fille, qui devint héritière du Comté de Sancerre.

Le 23 août 1428, elle le porta dans la maison d'Amboise, en épousant Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont, conseiller des rois Charles VII et Louis XI. Par ce mariage, Meillant entra dans les possessions de la maison d'Amboise. L'histoire nous apprend que Pierre d'Amboise eut dix-sept enfants, qu'il mourut à son château de Meillant et que ses restes furent transportés à Bourges dans le couvent Sainte-Claire.

Après son fils Charles, premier du nom, Meillant passa à son petit-fils Charles, deuxième du nom, grand-maître de France, gouverneur du Milanais et neveu du célèbre cardinal d'Amboise. C'est à Charles d'Amboise que l'on doit la seconde restauration de Meillant ; il y ajouta de nouvelles constructions, la magnifique tour du lion, et de la partie qui l'entoure ; il les fit décorer avec somptuosité, entremêlant les ornements de la sculpture de son chiffre, deux C croisés et de ses armes parlantes, les monts enflammés.

Brantôme nous apprend, vers 1527, qu'il courait de son temps une sorte de dicton populaire : Milan a fait Meillant, cela voulait dire, ajoute-t-il, que des gains et profits que fit M. le grand-maître de Chaumont, quand il en était gouverneur, en fit faire les château et maison de Meillant qui est l'une des belles et superbes qu'on saurait voir : Suivant la tradition, l'architecte de Meillant, à cette époque, fut le célèbre Jocundo, ce dominicain de Vérone, qui travailla avec Michel-Ange à la basilique de Saint-Pierre.

Charles d'Amboise ne put pas jouir de la belle demeure qu'il s'était fait préparer ! Il mourut à Corregio en Lombardie, le 11 février 1511, âgé de 38 ans. L'auteur anonyme de l'histoire du chevalier Bayard dit que ce fut en son vivant un sage et vertueux et avisé seigneur de grande vigilance et bien entendant les affaires : « mort le preint un peu bientôt car il fut un homme de bien toute sa vie. »


Musée de la chasse et de la nature, Paris


Le roi Louis XII vint faire une visite à Meillant, il voulait surprendre son grand-maître, mais ce dernier était absent. Le roi coucha cependant à Meillant. Avant d'en repartir, il écrivit à Charles d'Amboise de sa royale main la lettre que voici. « Mon cousin, je suis venu pour vous voir dans votre château de Meillant : je m'y suis embourbé ; je n'y ai trouvé que votre pute ; mais que le diable m'emporte si j'y reviens jamais. » Malheureusement cette lettre a été volée comme beaucoup d'autres en 1793.

Pour conserver le souvenir d'une visite aussi honorable, Charles d'Amboise fit placer sur une partie du toit de la tour, dite des Sarrazins, un chapeau de plomb.

Sur son fond d'azur on y voit le porc-épic d'or couronné, emblème du roi Louis XII, avec douze L à gauche et douze fleurs de lys à droite également dorées. Ce même souvenir se retrouve encore dans la grande salle d'armes, au rez-de-chaussée, sur les colliers que portent les trois grands cerfs qui ornent cette salle.
-L'un des colliers est aux chiffres, armes et emblème du roi Louis XII, le porc-épic LL et la fleur de lys.
-L'autre collier porte le chiffre et les armes d'Anne de Bretagne, sa femme : l'hermine, l'A et le cordon de la cordelière, ordre qu'elle institua en l'honneur des dames vertueuses de la cour. Plus tard le cordon de la cordelière perdant le but de son origine, celui de récompenser la vertu, servit à entourer l'écusson des veuves.
-Le troisième collier est aux armes parlantes des Chaumont d'Amboise, les C croisés et les monts enflammés.

Georges d'Amboise, fils unique de Charles d'Amboise, fut tué à la bataille de Pavie, à l'âge de 22 ans. Sa cousine Antoinette d'Amboise devint, par cette mort prématurée, son héritière. Elle avait épousé, en 1520, Antoine de La Rochefoucauld, de la branche des Barbezieux. Son fils, Charles de La Rochefoucauld Barbezieux, après la mort de ses parents devint seigneur de Meillant : c'est lui qui fut gouverneur du Berry sous les rois Henri II, François II et Charles IX. Il fut également nommé lieutenant général. Les archives de Meillant possèdent encore une lettre autographe écrite entièrement de la main d'Henri II au sire Charles de Barbezieux.

Ce dernier n'ayant point eu de fils, sa fille, Antoinette de La Rochefoucauld, devint son héritière. Elle épousa, en 1578, Antoine de Brichanteau, seigneur de Nangis, et lui apporta les seigneuries de Meillant et de Charenton. Elles restèrent dans la possession de cette maison pendant deux ou trois générations.

Puis à défaut d'héritiers mâles, Meillant avec les autres seigneuries devint l'héritage de Madeleine Thérèse de Brichanteau Nangis. Elle épousa, en 1710, Pierre François Gorge d'Entraigues connu depuis sous le nom de duc de Falaris. Les folies de ce dernier …(*), Meillant échut à sa sœur, Julie Christine Régine Gorge d'Entraigues épouse de Paul-François de Béthune-Charost, (branche cadette de la maison de Béthune de Sully).

Le duc de Charost, dernier propriétaire de Meillant, si populaire en Berry, à cause de ses bienfaits sans nombre qu'il y répandit, est ce philanthrope par excellence dont Louis XV disait : « Regardez cet homme il n'a pas beaucoup d'apparence ; mais à lui seul il vivifie mes trois provinces. »

Le duc de Charost, passa, avec sa seconde femme, l'époque de la terreur à Meillant, défendu lui et son château par l'amour des populations ; cependant la Convention ordonna son arrestation ; il fut conduit à la prison de Saint-Amand, mais les habitants du village de Meillant allèrent en masse l'y chercher et le ramenèrent dans son antique manoir. La Convention, en face d'une telle manifestation populaire, n'osa pas aller plus loin et ferma les yeux. Le duc de Charost mourut en 1800.

Une souscription fut ouverte en Berry par la reconnaissance pour lui élever un monument : c'est un obélisque en pierre.



Jardin de la cathédrale de Bourges :
l'obélisque à M de Béthune

Il fut construit dans le jardin de l'archevêché à Bourges ; on l'y voit encore aujourd'hui. Le duc de Charost est enterré dans la chapelle castrale de Meillant. Un fils qu'il avait eu d'un premier mariage avait péri en 1793 sur l'échafaud. N'ayant pas eu d'autre enfant, il laissa sa grande fortune à sa veuve Henriette du Bouchet de Tourzel, duchesse de Charost.

Meillant resta une trentaine d'années, au moins, sans être habité, ce qui explique l'état fâcheux de délabrement dans lequel le château était tombé. Dix années plus tard la chapelle se serait écroulée probablement, ainsi que les différentes parties du bâtiment. En 1837, la duchesse de Charost mourut. Elle laissa par testament sa terre de Meillant à sa nièce Virginie de Sainte-Aldegonde, duchesse de Mortemart.

Elle et son mari, le duc de Mortemart, comprenant la valeur d'un pareil legs et le service qu'ils rendaient aux arts en conservant un aussi beau monument, décidèrent, en 1842, sa troisième restauration. Elle fut confiée au talent de M. Le Normand, architecte aussi consciencieux que distingué. Meillant aujourd'hui consolidé, restauré et, comme le phénix, renaissant de ses cendres, traversera encore plusieurs siècles, c'est le voeu bien sincère que forment ses admirateurs et tous les amis des arts. La restauration intérieure aussi bien que la restauration extérieure ont été faites avec le meilleur goût. Ce qui frappe surtout, en entrant dans le château, c'est la vaste salle des gardes, entièrement ornée des armes et armures du vieux temps. De nombreuses hallebardes et piques placées et rangées tout le long des murs offrent un coup d'oeil réellement imposant, en même temps qu'il rappelle l'esprit guerrier des chevaliers d'autrefois.

On remarque également trois cerfs dix cors de grandeur naturelle portant tous les trois au cou les attributs de la vénerie et les armes des personnages de l'époque qui se livraient à ce sport.
Les premiers sont ceux de Louis XII et de sa femme Anne de Bourgogne, les seconds appartiennent aux Chaumont. De tout temps, paraît-il, la chasse a occupé une large place dans l'esprit et le coeur des grands seigneurs du Berry. M. le duc de Mortemart a voulu faire revivre les événements les plus remarquables qui se sont passés antérieurement à Meillant. Parmi les plus curieux il en est un qui mérite d'être rapporté.


LA FORÊT DE MEILLANT


Photo du 12 mars 2017,
lors de la randonnée organisée par le
Comité des fêtes de Meillant



La vaste forêt du domaine de Meillant, d'une étendue de plus de dix mille hectares, appartenait anciennement aux seigneurs de Meillant, de Mont-Rond et de Bruère. Une table triangulaire en pierre placée à l'extrémité de leur commune, à angle aigu de leur propriété respective, aboutissant au même point, permettait aux trois personnages de pouvoir se réunir autour de ladite table pour traiter sur leur fauteuil de granit attaché sur leurs terres, les questions qui les intéressaient.


La table des trois seigneurs,
autrefois en forêt de Meillant,
maintenant dans le parc du château de Meillant

Ce fut là, sur cette table, appelée table des trois seigneurs que se décida une partie diabolique entre les trois notabilités qui ne pouvaient s'entendre pour la chasse. La scène représentée sur la toile montre deux seigneurs, assis sur leurs sièges et l'autre debout, le châtelain de Meillant, ayant chacun leur équipage de vénerie derrière eux, jouant d'un coup de dés sur la table légendaire à qui appartiendra la forêt de Meillant. L'attitude fière du seigneur de Meillant indique qu'il fut favorisé par le sort. Il put par suite donner pleine et entière satisfaction à ses goûts cynégétiques.

Plus tard, un magnifique rendez-vous de chasse fut construit au milieu de la forêt du domaine de Meillant à la Croix-Maupiou.

Il se compose de deux pavillons distants de 25 à 30 mètres l'un de l'autre et dans lesquels le commode et le confortable ont été parfaitement ordonnés et organisés. À côté des communs immenses, une halle dans laquelle on peut mettre chiens et chevaux en grand nombre.

M. le duc de Mortemart, devenu propriétaire de la terre de Meillant en 1837, comme je l'ai dit plus haut, fit la gracieuseté de sa chasse à M. le marquis de Beaucaire et mit les pavillons de la Croix-Maupiou à sa disposition. Les ordres les plus rigoureux avaient été donnés à seize gardes sous la direction d'un régisseur dévoué, M. Cordier, pour la conservation du gibier.


Château de Meillant, dans les communs



Aussi dire la quantité de bêtes noires et de fauves qu'il y avait dans cette masse de bois de plus de vingt-mille hectares est impossible. Dans toutes les lignes on ne voyait que pieds de sangliers et de compagnies nombreuses, les traces de solitaires et de grands loups.

Plusieurs gardes s'étaient plu à baptiser les vieux grands sangliers qu'ils avaient l'habitude de voir par corps et par pieds, de différents noms antiques et plaisants.

L'un César, parce que depuis plus de dix ans qu'ils en avaient connaissance aucun chasseur n'avait pu le prendre.


Musée de la chasse et de la nature, Paris


L'autre Pacha à cause de son paroi blanc.

Un troisième Fieschi, parce qu'il était traître et terrible pour les chiens qui l'approchaient.

Les chasses de M. de Beaucaire avaient lieu annuellement fin mars. Elles commençaient les plus premiers jours d'avril. Cette époque était la plus convenable. Elle était choisie de préférence par le Grand Maître par la raison que la forêt se trouve dans une vaste plaine, sur un terrain argileux, très humide, qui conserve l'eau et rend la chasse très difficile, pour ne pas dire impossible, pendant l'hiver. Au mois d'avril, par des années mouillées, les chevaux s'enfoncent dans les allées et chemins jusqu'aux sangles ; en hiver, ils y resteraient.


Photo du 12 mars 2017,
lors de la randonnée organisée par le
Comité des fêtes de Meillant


On ne peut suivre la chasse le plus souvent qu'au pas. Il existe des cantons de plus de deux hectares d'épines noires, sans chemins, ni lignes qui sont impénétrables à cheval. Il faut donc être veneur très courageux et intrépide pour faire la guerre aux sangliers, dans cette vaste forêt si silencieuse et si sauvage.

Invité par M. de Beaucaire, M. L. C.... dont je parlerai à un chapitre spécial, qui possédait un brillant équipage, et moi, nous nous faisions une grande joie d'accompagner notre ami à la Croix-Maupiou. Un garde habite un des pavillons du rendez-vous de chasse ; il nous procurait les approvisionnements nécessaires aux hommes et aux chevaux, et la diligence de Saint-Amaud à Dun-le-Roy (Dun-sur-Auron), qui passe à la Croix-Maupiou, nous emportait chaque jour les provisions dont nous avions besoin.

Le 1er avril 1858, nous étions ainsi installés. Le garde du nom de Payen, était un homme d'une cinquantaine d'années, enfant du pays, porteur d'une physionomie intelligente, mais sévère. Son grand empressement à répondre aux questions et demandes que nous lui faisions, nous montrait qu'il avait reçu les ordres les plus bienveillants à l'adresse de M. de Beaucaire et de ses amis.

Pensant avec raison nous être agréable, Payen nous raconta l'histoire d'un sanglier monstrueux surnommé César qui était ordinairement cantonné dans les bois d'Arpheuilles et de plusieurs autres très gros, près de la Croix-Maupiou.

Très intrigués nous nous décidâmes à faire rechercher le pied de César et de le chasser avec les deux équipages réunis qui formaient un total de cent vingt-cinq chiens. Ordre avait été donné au garde de la forêt, par le régisseur de Meillant, d'assister aux chasses de M. le Marquis de Beaucaire et de lui rendre les services qu'il pourrait réclamer. Tous étaient enchantés d'avoir occasion de fusiller les bêtes noires et d'être témoins de chasses aussi exceptionnellement belles.

Les gardes se rendaient donc tous les jours de chasse à la Croix-Maupiou, faisant le bois en venant. Il est impossible de dire combien leurs rapports étaient intéressants et la satisfaction des chasseurs et des veneurs en les entendant. L'un avait un sanglier qui marquait aussi large qu'un veau de dix mois, un autre un vieux sanglier qui devait peser au moins quatre cents livres, un troisième, jamais chasseur n'avait vu pareil pied, etc. Le lecteur peut penser si nous étions joyeux. Chez moi la gaîté se manifestait jusque dans mes bottes.


Château de Meillant, dans les communs


Les piqueux allaient reconnaître les brisées, puis nous montions à cheval pour nous rendre au rendez-vous. Le change était la question qui nous préoccupait, et il y avait lieu en effet de s'en inquiéter.

Arrivés à la brisée d'un pied monstre, on découple comme d'habitude les vaillants chiens d'attaque : Domino, Ténébro, Grisonneau et Chalangeau. Certainement jamais veneur n'a possédé meilleurs chiens. Ils empaument la voie. Leur forte gorge se fait entendre... Celle de Domino ressemble à celle d'un chien qui se noie, et excite chez tous une vive satisfaction.


Saint Hubert,
Musée de la chasse et de la nature, Paris

- Il n'y a que les fervents disciples de Saint-Hubert qui puissent comprendre ces émotions que la plume ne peut décrire....

Un instant après les abois se font entendre... Les piqueux essayent d'entrer au fourré et, après de longs et impuissants efforts, déclarent aux maîtres d'équipage leur impossibilité d'avancer... Le sanglier accoutumé à être maître.... ne bouge pas...les chiens, qui eux aussi connaissent tous les tours du métier, soutiennent les abois avec autant d'acharnement que de courage..... (Pour les maîtres et pour les chasseurs, ces moments sont réellement émouvants.)

Le grand maître veneur, après avoir exprimé son mécontentement à son piqueux, entre au bois en donnant ordre de découpler les chiens du Relais. Nous entendons aussitôt les branches plier, craquer, et la voix furibonde de notre ami soutenir ses braves chiens... Jamais, certainement, attaque et moments n'ont été plus intéressants. Un énorme sanglier qui ne veut pas partir. Des chiens qui tiennent bon... et des chasseurs qui ne peuvent percer au fourré.... Mais nous savons tous que le Roi des chasseurs est là....que le sanglier partira bon gré mal gré. Aussi tous les yeux brillent d'émotion et de contentement... Les chiens du relais qui étaient gardés près de là, arrivent. Ils prennent le pied du cheval de leur maître et se rallient aux chiens d'attaque. Le bruit des abois augmente d'instant en instant.

Mais le solitaire est un vieux brave, paraît-il. Il résiste et soutient l'attaque de ses ennemis qu'il brise parfois en leur arrachant des cris déchirants... C'est que l'approche n'est pas facile, non plus le concert des forces des assaillants. Les plus hardis et les plus courageux qui affrontent le brutal animal succombent sous ses coups : le bruit des abois et la voix formidable du grand maître rappellent parfois certains éclats de tonnerre qui causent le frisson.... Un coup de feu retentit. Puis un autre. Nous connaissions tous les ruses de guerre du Marquis et sommes bien certain que le paroi du solitaire est intact.... En effet, nous entendons peu après la plus belle menée que jamais chasseur ait pu entendre. L'animal chassé à vue et aux abois courants... À entendre la musique on croirait qu'il y a plutôt 200 chiens que 120...

- Ah ! jeunes chasseurs, ne demandez et ne cherchez jamais à entendre et avoir ces émouvants sports, ces laisser-courre entraînants, ces abois électrisants, et ces hallalis furibonds, qui transportent et enivrent le veneur !

L'animal qui, dans ces terrains mouvants, s'enfonce jusqu'au ventre, donne tout l'avantage aux chiens. Mais de la taille d'un Baudet, son paroi épais et ferme lui permet de résister et de se défendre des attaques de l'ennemi. Le laisser-courre continue et dure en branle-bas roulant plus d'une heure... N'en pouvant plus, le redoutable solitaire fait fort. La bataille s'engage, elle est aussi acharnée qu'épouvantable...

M. C... et moi suivions la chasse de très près et au premier signal de combat nous nous précipitons au fourré, la tête collée au cou de nos chevaux et l'éperon au flanc, nous perçons un instant, mais bientôt nos coursiers s'arrêtent et tournent sur place sans pouvoir avancer. Nous mettons pied à terre et marchons sous bois aussi rapidement que possible. Nous n'étions plus qu'à une faible distance de la bataille lorsque nous entendons un coup de carabine...puis les cris des chiens qui mordent de rage le solitaire.

Nous approchons et trouvons notre ami de Beaucaire examinant avec une animation et satisfaction indicible le monstrueux animal... Ses défenses étaient très larges et les bouts brisés, les grés ronds et émoussés - signes de vieillesse. - Nous nous hâtons d'accoupler les chiens et les sortir du fourré pour faire la curée chaude.

Arrivés à une grande ligne, les troupes sonnent de nouveau l'hallali, le sanglier est décousu, le fouail est fait aux chiens, l'ensemble représente un tableau charmant. Les gardes qui ont pu suivre, font des rapports très intéressants, l'un a vu plusieurs compagnies de sangliers de toute taille et de toute couleur... Un autre a tué deux ragots, un troisième une bête de compagnie, etc… Nous rentrons à la Croix-Maupiou au son des trompes, heureux de notre succès. Après le dîner, les plus jolis airs de musette ont égayé la soirée.


Château de Meillant, dans les communs


Le lendemain, le Défunt, accompagné de quelques-uns des siens, partait pour le Château de Meillant à l'adresse des bons châtelains avec un petit mot ainsi conçu :
« Monsieur le Duc,
J'ai cueilli hier quelques beaux fruits dans votre splendide forêt. Je vous prie de les recevoir et d'agréer l'expression de mes sentiments les plus dévoués.
Je mets aux pieds de Madame la duchesse de Mortemart l'expression de mes hommages les plus respectueux.
Signé : Marquis de BEAUCAIRE.
»

Le jour suivant notre ami recevait une charmante panière avec un petit mot de M le duc de Mortemart, que j'ai sous les yeux en ce moment et que je copie textuellement :
« Sous le patronage de Du Fouilloux notre maître en vènerie, le seigneur de Meillant prie le seigneur de la Croix-Maupiou d'accepter ce harnais de gueule vulgairement appelé pâté de lièvre et de volaille.
Mme de Mortemart vous remercie de votre charmant envoi qui a fait bien des heureux dans le bourg de Meillant ! etc…
Signé : Duc de MORTEMART.
»


Château de Meillant, dans les communs

Le surlendemain de cette émouvante chasse, M. de Beaucaire, M. C et moi, accompagnés d'un garde, nous fîmes une promenade en forêt, à la recherche de traces de sangliers. Nous vîmes et examinâmes avec un plaisir inexprimable ces belles futaies deux et trois fois séculaires, ces grandes lignes à perte de vue. Et partout des pieds de bêtes noires de tout âge et de toute taille... Le vrai et fervent veneur, qui s'est plu parfois à faire des rêves enchanteurs et a vu dans son ardente imagination de grandes et merveilleuses choses, en trouve la réalité dans cette vaste et magnifique forêt. Avec cette différence toutefois que ce qu'il a pu se figurer est incomplet, et imparfait tandis que ce qu'il voit de ses yeux est l'oeuvre admirable du créateur qui n'a rien oublié et tout mesuré...

Nos yeux s'élèvent souvent au ciel, dans le cours de notre promenade, pour remercier Dieu de favoriser si largement nos goûts cynégétiques.

Aussi est-ce avec l'esprit et le cœur joyeux que nous reprenons le chemin de la Croix-Maupiou avec l'intention de faire une nouvelle chasse dans ces mêmes cantons, aussitôt que les hommes et les chevaux seront remis de leurs fatigues !

LA CROIX BANCE

En passant dans une des lignes des bois noirs, nous nous découvrons devant une croix de pierre portant une plaque de marbre sur laquelle on lit :

« Quand au bois, ventre auras
Et qu'à balles chargeras
Devant derrière tireras
Car de de flanc ricocheras
Et ton compagnon tueras.
»

L'historique de cette croix est entouré d'un voile sombre et mystérieux que personne n'a osé soulever... et dont je ne parlerai moi-même qu'avec réserve et discrétion. Il suffit que le lecteur sache que Bance fut un piqueux émérite, à feu M. de Sainte-Aldegonde, qui fut tué en chasse, en 1842 par un nommé Charleville, piqueux de M. le prince d'Arembert.
- Ce pieux souvenir porte le nom de la croix Bance, il a été dressé par le propriétaire de Meillant dans un but très louable pour engager les chasseurs à la prudence et prévenir semblables accidents.

CÉSAR

- En rentrant au pavillon de chasse, quelle ne fut pas notre surprise de trouver un des gardes de la forêt, nommé Laussedat, qui nous affirma avoir reconnu le pied de César dans le canton des Buchailles, du côté précisément d'où nous venions... ordre est aussitôt donné aux valets de limiers et aux gardes de rechercher la curieuse bête et de venir nous prévenir dès qu'on en aura connaissance, afin de se mettre en mesure de faire les honneurs dus à sa distinction et à son ancienneté.

Le lendemain il était huit heures à peine que le même garde vint nous annoncer qu'il avait retrouvé les pieds de César, sortant et rentrant, dans le même carrefour que la veille et que le valet de limier de Charles le suit... Dire la joie et le contentement de tous est difficile. Nous nous hâtons donc de préparer le départ pour l'attaque. Il était onze heures à peine, Charles se présente avec son beau limier, commandeur. Charles est extrêmement animé. Il a mis son animal debout, dit-il, parce qu'il était en compagnie. Il en a fait suite et l'a laissé dans les forts de Verneuil. Et il ajoute qu'il sera difficile d'empêcher les chiens de faire plusieurs chasses, parce qu'il y a beaucoup d'animaux sur pied...

Nous montons tous à cheval et partons avec les deux équipages pour barder les chiens près de la brisée... Aussitôt après les chiens d'attaque sont mis sur la voie. Tous les chiens sont ensuite découplés et rallient en faisant un tapage infernal... Le laisser-courre commence. Nous courons sur les devants de la chasse et nous apercevons César traverser une ligne... Il est réellement de la taille d'un mulet... Les chiens sont à peine à deux cents mètres derrière ...

Mais nous remarquons qu'il n'y a qu'une partie des chiens... une cinquantaine à peu près... une autre chasse s'en va dans une autre direction. Le grand maître veneur, qui voulait, sans doute, avoir le plaisir de faire les honneurs à lui seul au redoutable solitaire, nous prie de suivre la seconde chasse. Comprenant bien son idée et son but et ne voulant pas le contrarier nous nous empressons de nous rendre à son désir. Mais, avec une arrière-pensée.

Nous commençons aussitôt par nous rendre compte du pied de l'animal chassé par une soixantaine de chiens à peu près. Nous reconnaissons à notre grande surprise qu'il est digne d'être couru... Qu'il soit César ou Auguste... Nous renonçons à notre projet de rompre les chiens après leur premier feu jeté, et de rameuter aux chiens d'attaque. Nous suivons donc cette chasse, aidés seulement de deux valets de chiens de M. C.

La chasse prend la direction des Lochères et des Pameras, se fait rebattre dans les bois des Riperous. Les chiens sont bien ensemble et leurs cris aigus nous font comprendre que l'animal n'a pas d'avance. Après trois grandes heures d'un courre admirable, l'animal se donne aux chiens. L'hallali courant commence et se prolonge pendant un quart d'heure environ.... Puis les abois, dans un grand perché... Nous filons sous bois aussi rapidement que possible pour assister à la bataille...

En arrivant... que voyons-nous ??? Un sanglier de la plus belle taille...complètement blanc... armé de longues et larges défenses et, acculé à un arbre, se défendant avec autant de courage que de fureur... La gueule toute grande ouverte de chaque côté de laquelle l'ivoire brille...


Musée de la chasse et de la nature, Paris

Le sol, jonché de ses victimes, présente un tableau saisissant, effrayant tout à la fois.

M. C qui n'aime pas le fusil et n'en porte jamais à ses chasses, veut bien me laisser le plaisir de servir ce magnifique animal... Je m'avance donc doucement, me dissimulant de mon mieux et saisissant le moment propice, j'envoie une prune derrière l'écoute de ce solitaire étrange... Il tombe comme foudroyé.

Le lecteur peut penser si nous fûmes heureux et joyeux d'un aussi beau succès. Ce n'est qu'en l'examinant que nous nous rappelâmes que c'était le sanglier blanc baptisé du nom de Pacha...

PACHA

Pacha, à cause de son magnifique paroi... Après la curée chaude, nous reprenons tranquillement le chemin de la Croix-Maupiou... Nous trouvons en arrivant notre ami qui venait de rentrer. Nous comprenons de suite que le grand maître a dignement fait les honneurs à César. En effet, il arrive porté à dos de mulet conduit par un bûcheron. L'animal est énorme, tout gris. Il mesure plus de deux mètres de long. Il est miré, contre miré. C'est un animal curieux sous tous les rapports... Il est déposé au milieu de la cour en face l'entrée. Après un instant de silence. Nous racontons que nous avons pris également le sanglier de la seconde chasse... Mais, voulant ménager une surprise piquante à notre ami, nous lui laissons ignorer les détails du laisser courre et de l'hallali.

- Bien que notre brave camarade fût doué de qualités inappréciables, comme je l'ai déjà dit, il ne pouvait se défendre d'un sentiment d'excessive jalousie sportive. Il fallait donc agir avec autant de perspicacité que de circonspection pour ne pas froisser sa grande susceptibilité. Cependant un peu blessé du procédé du matin, je me faisais un secret plaisir en le complimentant de sa réussite, de voir l'effet qu'allait produire l'apparition du superbe et curieux sanglier blanc. Tout à coup on entend les trompes des hommes de l'équipage de M. C sonnant l'hallali et la rentrée des princes... Veneurs et chasseurs apparaissent aussitôt dans la cour de la Croix-Maupiou...

Le garde Payen en examinant l'animal, ne se doutant de rien, dit :
« Le diable m'emporte, je crois que c'est le grand sanglier blanc si extraordinairement beau... Dieu ! quelles défenses ! »


Musée de la chasse et de la nature, Paris


Les yeux du grand maître veneur jettent le feu... ses lèvres blanchissent et se crispent... un son rauque et comprimé s'échappe de sa poitrine ; pour mon compte je crois sage d'aller allumer un cigare chez le garde... afin de laisser passer le moment de contrariété. M. C fait signe à ses hommes d'emporter bien vite l'animal dans la halle...

Heureusement une diversion se produit : neuf gardes arrivent amenant sur une petite voiture cinq sangliers tués dans le courre de la chasse... Tous se réunissent autour de César... C'est à qui complimentera monsieur le marquis... Leurs brillantes et flatteuses réflexions calment tout, et la gaîté de nos soirées reprend, comme de coutume, son entrain.

- Le grand paroi de César orne aujourd'hui le grand salon de Meillant. Et celui de Pacha, le musée de chasse de M. C à Saint-Gérand-de-Vaux (Allier).

Un mot sur l'origine des sangliers blancs. M. le duc de Mortemart tirait annuellement un très grand revenu de ses ventes de bois, mais encore de la glandée qu'il affermait un prix relativement très élevé. Les fermiers mettaient jusqu'à dix mille cochons dans les futaies. On comprend facilement, qu'avec un aussi grand nombre de ces animaux et la quantité de sangliers qui se trouvaient dans cette vaste forêt, il put se produire fréquemment des accouplements soit de porcs avec les laies, soit de sangliers avec les femelles porcines. Aussi n'est-il pas rare de voir dans la forêt de Meillant des sangliers roux, d'autres blanchâtres qui deviennent complétement blancs en vieillissant.

Le bruit de nos succès et de nos brillantes chasses se répandit jusqu'à Moulins... Les veneurs du Bourbonnais ne pouvaient rester sourds et indifférents aux récits de ces joyeux sports cynégétiques. Aussi vîmes-nous venir certain soir Louis Besson nous annonçant l'arrivée de MM. Comte A des Boys, de Chavagnac, de Lajolivette, de Brughiat, du Comte Bouty, avec leurs équipages, afin de partager le plaisir des chasses de Meillant avec le grand veneur de la Croix-Maupiou et ses amis.

Le lecteur peut penser l'entrain qu'il y eut à leur arrivée au rendez-vous de chasse de la Croix-Maupiou. Il fut décidé, vu le grand nombre de sangliers et pour ne pas perdre un temps précieux, qu'on chasserait tous les jours, mais avec un seul équipage, afin de laisser à chacun le mérite et l'honneur qui lui revenait de droit. Tout marchait à merveille, les équipages prenaient régulièrement leur sanglier, veneurs et chasseurs étaient satisfaits, à l'exception de Louis Besson qui n'était pas très content, ayant une nombreuse remonte de jeunes fox-hounds qui n'étaient pas dans la voie de la bête noire comme il le désirait.

Un jour l'équipage de M. C chassait un grand vieux sanglier qui, après deux heures de chasse, fut mis à l'hallali courant tout près de la Croix-Maupiou. Louis était aux écoutes depuis longtemps. En deux bonds il court ouvrir la porte du chenil dans lequel se trouvaient réunis les équipages bourbonnais, et qui, avec celui de M. C formaient un total de trois cent-trente (330) chiens. Le lecteur peut penser le carillon diabolique que firent tous ces équipages réunis. Le malheureux sanglier fut dévoré vif par tous ces enragés au son de quinze trompes annonçant son trépas. Quel tableau et quelle surprise... éprouvèrent tous les veneurs et chasseurs qui ne s'attendaient pas à pareille fête. On a parlé et on parlera longtemps de l'hallali des 330 de la Croix-Maupiou dont le vacarme infernal fut entendu à plusieurs lieues à la ronde.

Ce charmant déplacement s'est terminé par une chasse exceptionnellement belle et curieuse. M. de Beaucaire en fut le héros. La veille de notre départ, un quartenier est attaqué dans la forêt de Boire par les deux équipages réunis de M. de Beaucaire et de M. C. Il se fait chasser pendant trois grandes heures pendant lesquelles le laisser-courre procure aux chasseurs les plus agréables émotions. Poussé très vivement par les chiens, il débuche en plaine dans la direction de Meillant. Aperçu par les veneurs et par les piqueux, il est chargé pendant trois kilomètres dans une plaine admirable par douze chasseurs et cent-vingt chiens qui lui soufflent le poil... M. de Beaucaire galope à ses côtés et au moment de rentrer au bois, il lui plante son couteau de chasse entre les côtes et le laisse se sauver avec son arme . . . Peu après il est porté bas par les chiens. Il est impossible de voir un plus beau débucher et une chasse plus charmante. Ainsi s'est terminé notre déplacement de l'an 1858. Je souhaite pareille fête à tous les vrais veneurs.



BABILLOT LE PIQUEUX



Si la forêt de Meillant est extrêmement belle et exceptionnellement peuplée en fauves et bêtes noires, cela tient à la sévérité des ordres donnés aux gardes pour la conservation du gibier, par les propriétaires de la forêt tels que MM. les ducs de Mortemart, de Narbonne, de Rivière, duchesse de Maillé, M. de Bonneval, et autres qui avoisinent et tiennent énormément à leurs chevreuils. Malgré cela, il n'est pas d'exemple qu'aucun de ces bienveillants propriétaires ait jamais sévi contre un chasseur, même contre un braconnier qui aurait pu tuer un sanglier ou un loup. Tous considèrent ces animaux comme nuisibles et malfaisants, et ils ne sont jamais plus heureux que lorsqu'on leur apprend leur destruction.

La crainte seule de voir abuser des permissions qu'ils pourraient autoriser les fait abstenir d'en donner à tous. Il résulte donc de cet état de chose que les animaux sauvages sont en grand nombre dans cette immense masse de bois. Et il est un usage singulier pratiqué par tous les riverains des bois de Meillant, c'est d'aller tous les soirs à l'affût des sangliers sur la bordure de la forêt dans les champs fréquentés par ces animaux.

Fort habiles à se poster et à se placer sous le vent, les affuteurs tuent chaque année un grand nombre de bêtes noires de toute taille et de tous âges. Les étrangers qui arrivent dans ces pays-là, sont invités à aller le soir à l'affût des sangliers absolument comme s'il s'agissait d'une partie de plaisir et d'agrément exceptionnel. Si ces guet-apens ont toujours eu un caractère abominable, ils font exception dans ces circonstances, car il est certain que sans ces moyens, les récoltes des cultivateurs riverains de la forêt seraient complétement ravagées et détruites par les sangliers.

Ces animaux sont extrêmement méfiants lorsqu'ils sortent des bois, ils n'avancent dans les terres qu'avec une grande appréhension. La faim seule les pousse. Mais au bois ils le sont beaucoup moins, on les entend fréquemment, certaines nuits, grogner et se battre en poussant des cris aigus, il est des braconniers qui en tuaient et en tuent d'une manière fort curieuse dans les futaies de Meillant.


Musée de la chasse et de la nature, Paris

Attirés le soir par le bruit qui signale leur présence, soit en cherchant leur nourriture soit en se disputant les laies, les affuteurs marchaient courbés sous le vent, coulant d'arbres en arbres et réussissaient presque toujours à approcher ces animaux d'assez près pour les tuer sûrement, ce dont ils se faisaient gloire, attendu qu'ils tuaient presque toujours de gros sangliers.

Certain soir de décembre, il y a vingt-cinq ou vingt-six ans de cela, deux camarades intimes Bellier et L'Escot, du village d'Uzay, partirent au clair de lune pour aller à l'affût des sangliers dans la forêt de Meillant ! Arrivés au bois ils prirent une direction opposée à travers ces futaies si sombres et si vastes. Il faisait grand vent, paraît-il, ce soir-là, les laies étaient en rut et on entendait des batailles de sangliers de différents côtés.

Un des braconniers, après bien des tours et des détours, était parvenu à approcher une compagnie de bêtes noires. Bellier enveloppé d'un burnous noir à capuchon, marchant sur la paume des mains et le bout des pieds de manière à imiter l'allure d'une d'elle. Il était parvenu à approcher de très près, un groupe de sangliers. Il s'arrête. Et mettant l'arme à l'épaule il ajuste et vise le plus gros de la bande. Un coup de feu retentit. Et le malheureux Bellier tombe foudroyé... C'était l'Escot qui, caché derrière un chêne, avait tiré le prenant pour un sanglier...

Une fatalité inouïe avait réuni au même point les deux amis qui s'étaient séparés trois heures auparavant. Cet événement jeta la consternation dans tout le pays et pendant plusieurs années les braconniers n'osèrent plus s'aventurer la nuit au clair de lune dans les forêts de Meillant.



Légende d'un terrible sanglier de Meillant.
Mort d'un courageux braconnier.
Mariage du célèbre valet de limier Babillot
.



Comme je viens de le dire au chapitre précédent la grande quantité de sangliers que renfermait la forêt de Meillant donnait aux braconniers et aux gens des contrées voisines la tentation continuelle de leur faire la guerre !

Près de Meillant, et non loin de la Croix-Maupiou, est situé un village qui porte le nom d'Uzay-le-Venon. C'est là que, en 1856, demeurait un brave cultivateur qui avait réussi par son labeur à acquérir une petite propriété. Il se nommait Jean Sadrin. Il avait une grande et belle fille de dix-huit ans, brune aux yeux noirs. Elle était recherchée par tous les cultivateurs du pays. Le père Sadrin adorait sa fille.

Doué d'une force physique peu ordinaire, il entreprenait souvent les plus rudes travaux et se plaisait à obliger et à rendre service aux personnes embarrassées, aussi était-il très aimé et respecté. Pendant les veillées d'hiver, la jeunesse du pays se réunissait souvent chez le père Sadrin dans le but évident de faire la cour à sa fille et c'était à qui plairait à Jeanne et à son père. Jeanne était très flattée du nombre de ses prétendants, mais, elle se trouvait fort embarrassée pour jeter son dévolu parmi eux.

Il en était un cependant, grand et solide gaillard qui paraissait lui plaire plus particulièrement que les autres. C'était un des plus intrépides et des plus hardis chasseurs de sanglier du pays. Beaucoup enviaient la préférence que Jeanne semblait lui accorder. Il se nommait Henri Picard. Il avait dressé, à la chasse des sangliers, un mâtin de grande taille, en l'excitant d'abord contre les blaireaux qu'il faisait piller, ce qui l'avait rendu très mordant. Plus tard il l'avait mis au sanglier et le chien fort leste les aboyait, feignait de se jeter sur eux lorsqu'ils faisaient mine de partir et par ses attaques et assauts incessants il mettait l'animal sur la défensive et le contraignait à faire tête... Son maître alors s'avançait doucement sous le vent, et réussissait le plus souvent à approcher et à tuer l'animal.

Aussi le plus grand nombre des chasseurs et braconniers, parlaient avec envie des succès étonnants de Picard, car tous savaient que tuer un grand sanglier n'était pas chose facile et que pour réussir il fallait être leste et courageux et se posséder complétement dans le danger.

À la joie que Jeanne manifestait chaque fois qu'on parlait de Picard et de son habileté pour tuer les gros sangliers, on voyait qu'elle éprouvait un secret sentiment de tendresse pour lui. Et l'heureux chasseur ne l'ignorait pas, car l'expression de ses yeux disait le bonheur qu'il éprouvait de ce sentiment caché.

Certain jour de décembre, des charbonniers qui cuisaient dans la forêt de Meillant, rencontrèrent Picard allant au bois et lui dirent qu'ils avaient vu le matin un énorme sanglier rentrant dans les fonds d'Arpheuilles. À cette nouvelle Picard bondit de joie en disant :

« Je vais le guérir du mal de dents ! »


Le bouillant chasseur voyait déjà dans son imagination un succès de plus à enregistrer à son profit et l'occasion de plaire à sa belle en lui offrant l'ivoire dangereux du solitaire.


Musée de la chasse et de la nature, Paris


Comme l'endroit où avait été vu le sanglier était proche, Picard s'empresse d'aller reconnaître le pied et après s'être assuré de la vérité, il s'empresse d'aller chez lui prendre son fusil et son chien. Mais le bois dans lequel se trouvait l'animal appartenait à M. le duc de Mortemart, il dissimula de son mieux son arme sous sa blouse en se mettant en quête du solitaire. Après avoir fait plusieurs enceintes successives raccourcissant toujours l'espace, il finit par s'assurer du fort dans lequel se trouvait la bête noire, et pour me servir d'une expression de pays, il l'enceintrait de court dans un fourré très épais.

Toutes ses dispositions prises, il lâche son excellent chien, qui déjà avait eu vent de l'animal et tirait sur le collier. Aussi en quelques bonds il perce à la Bauge... et ses abois répétés, annoncent qu'il a à faire à un redoutable ennemi... Le hardi chasseur s'approche... Mais impossible d'apercevoir le solitaire caché dans des fourrés de ronces, d'épines et de hautes bruyères... La position était embarrassante. Et l'eût été à moins... Après s'être posté dans l'espoir de tirer l'animal au passage et pour le faire partir il excite son chien de la voix pour l'encourager à mordre... Lorsque tout à coup le sanglier sort furieux de son repaire et sans donner au chasseur le temps de se reconnaître, fond sur lui, avec la rapidité de la foudre, lui ouvre le ventre d'un coup de boutoir, et se sauve.

Picard a poussé un cri de détresse si déchirant qu'il est entendu par un des charbonniers qui avait suivi le chasseur par curiosité. Pressentant bien qu'il était arrivé malheur, il s'empresse d'accourir. Il trouve le malheureux jeune homme gisant sur le sol, et qui n'eût que la force de prononcer ces dernières paroles :

« Dis à Jeanne que ma dernière pensée est pour elle et qu'elle prie Dieu pour moi ! »


Et il rendit le dernier soupir. Le charbonnier terrifié, court au village annoncer la triste fin du pauvre Picard et chercher une civière pour ramener son corps.

Jeanne en apprenant la terrible nouvelle fut en proie à une vive émotion qu'elle eût peine à contenir. Pâle et frémissante, elle s'écrie :

« Je donnerai ma main à celui qui tuera l'horrible bête ! »

Tous les habitants du village furent consternés de la fin tragique du malheureux jeune homme, sa vieille mère surtout était inconsolable... ainsi tous les gens de la contrée voulurent-ils assister à ses funérailles dont Mme la duchesse de Mortemart, toujours si bonne et si charitable, tint à faire les frais, feue son excellente fille, Mme de Sainte-Aldegonde, qui avait perdu son mari qu'elle adorait par le fait d'un accident de chasse, prodigua elle-même les consolations les plus touchantes à la pauvre mère.

Peu de temps après ce terrible événement, un prétendant de Jeanne partait pour les bois de Meillant avec le chien de feu Picard, qu'il s'était attaché, à la recherche de l'horrible bête, comme l'avait surnommée la belle fille...

Babillot, jeune, timide, mais très robuste et très courageux, peu communicatif par nature, gardait pour lui ses succès et ses déconvenues, mais il agissait toujours. Élevé depuis son bas âge dans les bois et accoutumé aux fatigues journalières et aux plus rudes travaux, il était homme d'entreprise. Fort habile tireur et passionné pour la chasse, et de plus amoureux fou de Jeanne, il s'était promis d'apporter à sa belle la tête du sanglier qui avait éventré Picard.

Un matin donc du mois de février 1852, il était en quête dès l'aube des traces du redoutable solitaire. Il avait déjà passé et repassé vainement plusieurs fois dans les demeures qu'il avait l'habitude de fréquenter, lorsque ce jour-là il reconnaît un long et large pied, se tardant dans ses allures et de plus, pigache. Il n'y avait pas de doute à avoir, c'était bien le féroce animal. Ayant la hure dirigée sur les fourrés dans lesquels l'avait rencontré feu Picard.

Prenant résolument son parti, Babillot suit ses traces, fait ses enceintes et le rembuche de court. Puis étudiant la position, il se place au-dessus du vent et lâche le chien qui se débattait comme un possédé.
- Si l'amour est brave et ingénieux, il est prudent également parfois, parait-il.
- Babillot saute aussitôt sur une branche d'arbre de manière à se garer de toute surprise de l'ennemi... Et là, dans cette position il excite le chien comme avait l'habitude de le faire son ancien maître.

« Oh oh ! tiens bon Légaré ! hardi mon vieux : oh oh ! tiens bon, là-haut ».

Le chien vivement appuyé, crie et aboie l'animal de rage. Le chasseur braille toujours de toute la force de ses poumons... Tout à coup les cris du chien redoublent. Se dirigeant du côté de l'arbre sur lequel est perché l'amoureux, l'animal en fureur s'arrête au pied, cherchant l'ennemi, faisant claquer ses castagnettes !... Babillot, tenant son arme d'une main approche rapidement le canon des écoutes du sanglier et prompt comme l'éclair, presse la détente. Le coup part et l'horrible bête tombe raide morte.

Aussitôt, l'habile tireur saute à terre pour jouir à son aise de sa ruse et de sa victoire. Mais, au milieu des pensées qui l'assaillent, il en est une qui le violente... celle qu'on peut prendre la tête de la bête noire, qu'il a promis d'apporter à Jeanne pendant qu'il ira chercher une voiture au village. Il va et vient et revient sans oser quitter la place...

Fatigué d'attendre, il finit par se décider à aller demander du renfort... Il ne marche pas, il court... Il ne court pas... Il vole à la coupe de bois dans laquelle travaillaient des bucherons et des charbonniers. Il prie l'un d'eux d'aller chez son père prendre une charrette pour transporter le sanglier qui a tué Picard... Par une bizarre coïncidence, ce fut le même charbonnier fatidique qui était allé chercher une voiture pour ramener le corps du pauvre Picard qui fût en demander une au même village pour enlever les dépouilles du criminel. Ce fut également le même charbonnier qui avait annoncé à Jeanne la mort de Picard qui lui apprit celle du terrible solitaire... et ce fut le même véhicule qui ramena les deux...

Peu de temps après, Babillot arrivait au village assis sur son sanglier et se présentait à la porte de Jeanne armé d'une hache. Il détacha la hure de l'horrible bête et la déposa aux pieds de sa belle comme témoignage d'amour...


Musée de la chasse et de la nature, Paris

... en lui déclarant qu'il était prêt à braver tous les dangers pour lui plaire. Jeanne, comme toutes les femmes de coeur, aimait les braves... aussi fut-elle très touchée de la déclaration si émouvante que lui donnait l'heureux chasseur. Le père Sadrin, lui-même, le félicita chaleureusement de son adresse et de son courage.

Après avoir choqué le verre et bu au bonheur du père Sadrin et de sa charmante fille, Babillot se retira heureux, de l'espoir que Jeanne tiendrait sa promesse. En effet, deux mois après le succès de Babillot, les parents et amis des deux familles se réunissaient et invitaient tous les chasseurs de la contrée, sans excepter le charbonnier, à assister au mariage de Jeanne et de Babillot.

Quelques années après, l'habile berrichon entraîné par l'amour de la chasse, affermait ses propriétés et entrait comme piqueur au service de M. L. C. qui possédait alors, comme il possède encore aujourd'hui, un vautrait de soixante-dix bâtards de Vendée. Dans le cours de sa carrière, comme valet de limier et comme piqueur, Babillot a démontré différentes fois qu'il avait plus d'un tour dans son sac !...


Château de Meillant, dans les communs




Autre épisode, sanglier défense cassée



Un grand vieux sanglier est attaqué dans le bois de Verneuil (forêt de Meillant) malgré le vent et la pluie qui tombait à verse ... Après 3 heures et demie de chasse les chiens le mettent aux abois. Babillot met pied à terre et s'avance sur le terrain de la lutte, afin de pouvoir ajuster plus sûrement l'animal au milieu de la meute qui l'entoure...

Mais le sanglier l'aperçoit et fond sur lui avec la rapidité de la foudre... La carabine du chasseur rate des deux coups à bout portant !... Babillot est renversé et le solitaire le tient sous lui.

M. L. C et moi apparaissons à ce moment-là... les clameurs féroces des chiens redoublent... nous apercevons le piqueur la face contre terre couvert de sang, ne donnant signe de vie... des chiens morts à ses côtés...d'autres qui traînent leurs entrailles... le spectacle est émouvant, palpitant même... mais bientôt la surexcitation fait place à cette première impression... les bouffées de rage envahissent le coeur et les yeux et nous volons au secours du malheureux piqueur...

M. L. C le couteau de chasse à la main, et moi avec mon précieux rifle au poing, malgré les difficultés du terrain et les basses branches des arbres et des ronces qui entravent notre marche, le maître d'équipage sourd à mes prières et à mes instances, se précipite en avant et bravant tout danger enfonce son arme dans le flanc du terrible animal qui, en s'affaissant, couvre le corps du piqueur.

« Babillot ! ! ! Babillot ! ! ! Respirez-vous ?
... Monsieur, Monsieur ... Je suis blessé mais pas mort...
»

Un cri de satisfaction s'échappe de nos poitrines... nous délivrons le brave piqueur du poids qui l'écrase... Il se redresse aussitôt... mais il a peine à s'appuyer sur une jambe... Nous l'examinons aussitôt... deux larges balafres à une cuisse, à donner le frisson, apparaissent à nos yeux... Le premier pansement fait avec nos foulards et mouchoirs, nous songeons à regarder le solitaire... nous nous apercevons alors qu'il a une défense cassée... circonstance heureuse à laquelle Babillot doit certainement la vie.



Sanglier ressuscité

Un grand sanglier attaqué dans la réserve de Meillant par 120 chiens, est porté bas, après trois heures de chasse, sur le bord d'un étang et servi à la carabine par Babillot ; aidé des valets de chiens, il le sort de l'eau... Il quitte ensuite sa tunique, retrousse ses manches de chemise pour l'ouvrir et faire le fouail aux chiens... Au moment de lui enlever les suites... le sanglier se dresse et charge l'opérateur ... qui n'a que le temps de se jeter de côté en excitant ses chiens à l'hallali...

Le ressuscité alourdi est renversé de nouveau... mais il se relève et poursuit le chasseur... Le valet de chien Antoine lance son couteau de chasse à Babillot qui s'en saisit aussitôt. Et profitant d'un moment où les chiens tiennent l'animal, lui enfonce l'arme jusqu'à la garde dans les flancs... et le fait dévorer par ses chiens...


Musée de la chasse et de la nature, Paris




L'intégralité de cet ouvrage est disponible sur le site gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Les Grands Veneurs de l'époque, Souvenirs de chasse, par P. Barreyre


LES GRANDS VENEURS DE SOUVENIRS DE CHASSE PAR P. BARREYRE
SAINT-AMAND IMPRIMERIE ET STÉRÉOTYPIE DE DESTENAY
70, RUE LAFAYETTE, 70
1882
AUX VENEURS DE FRANCE
LES GRANDS VENEURS DE L'EPOQUE
SOUVENIRS DE CHASSE
LE DRESSAGE PRATIQUE ET PERFECTIONNÉ DU CHIEN D'ARRÊT ANGLAIS
PAR P. BARREYRE
En vente chez FIRMIN-DIDOT, 36, rue Jacob,
et chez l'auteur, à Châteaumeillant (Cher).
PRIX : 4 Fr., PAR LA POSTE : 4 Fr. 25

Le 29 mars 2017, une bonne visite au
Musée de la chasse et de la nature,
62, rue des Archives, 75003 Paris, a permis de réaliser des photos de sangliers et de tableaux.


















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Voir sa biographie succinte, dans les seigneurs et dames de Meillant…